mercredi 26 mars 2014

La maternité banalisée, la non humanité ... [témoignage de Charlotte]

Pour certaines femmes, leur accouchement est extrêmement traumatisant. Pour des raisons qui sont propres à chacune. En milieu hospitalier ou non. Pour un 1er enfant comme pour un 3 ème. Mais aussi pour certains papas…

Aujourd’hui je voudrais apporter mon témoignage sur ma propre expérience de la grossesse et de la naissance et pourquoi je ne veux plus revivre ça.
Je ne généralise pas, je parle de MON ressenti de ce que J’AI vécu à ce moment-là, et qui est le quotidien de beaucoup de mères qui sont non reconnues dans leurs souffrances.
J’ai vécu deux grossesses, deux accouchements différents, je vais donc lier ses deux expériences en 1 récit pour faciliter la compréhension de ce que je veux dire. On pourrait me dire que je ne vois que le négatif des situations, mais le côté positif, je l’ai déjà raconté, et c’est beaucoup moins tabou ! Personne ne parle des côtés négatifs… Parler de négatif alors qu’on est censé vivre le plus beau jour de sa vie !! De plus on m’a déjà dit qu’il y avait bien pire ! Oui pire … mais le pire n’empêche pas le mal …

J’arrive dans le cabinet, je vais voir mon bébé pour la 1ere fois, je n’y connais rien de la grossesse, des suivis, à part les différentes choses que mes amies ont pu me dire. On me demande de me déshabiller, j’enlève donc mon bas très pudiquement, je ne sais même pas ce qu’il va être fait ni comment, si ça fait mal ou non. Le gynécologue me regarde et explose de rire. Je ne comprends pas je le regarde d’un air interrogateur mais aussi gênée car je ne comprends pas pourquoi il rit ainsi. Il me dit qu’en réalité il faut que je me déshabille entièrement… mais pourquoi faire ? Je n’ose pas lui poser la question ! Il sait ce qu’il fait ! C’est son métier c’est un pro. Je lui fais confiance après tout. Je suis donc entièrement nue devant cet inconnu. Il doit voir ma gène car avec un air compatissant mais aussi moqueur il m’explique que c’est ça la grossesse ! Qu’il va falloir mettre de côté ma pudeur et m’habituer car c’est la routine des femmes enceintes.
Sans m’expliquer, sans me demander si je suis prête, il regarde mon col, mes seins etc. Je ne sais même pas pourquoi ses actes sont faits, à quoi ils servent… Est-ce vraiment nécessaire de vérifier un col en début de grossesse ? Et à chaque rendez-vous même rituel …j’angoisse deux jours avant les rendez-vous et je me sens mal plusieurs jours après. Mais je me fais une raison. C’est ça la grossesse ! Plus de pudeur, plus d’intimité, de la douleur physique, des choses psychiques pas facile à vivre… mais si d’autres y arrivent, pourquoi moi je le vis ainsi ? …

J’ai des contractions, je suis à 6 mois de grossesse, je suis allongée, trois personnes viennent de se suivre pour contrôler mon col, on me fait une échographie, beaucoup de va et viens mais personnes ne me dit ce qu’il se passe. Je suis face à mon mari, je vois la peur dans ses yeux, j’essaie de contenir la mienne … j’ai peur …. Nous restons 1h sans infos concrètes. On nous posent des questions suspectes… On m’annonce que je suis en menace d’accouchement prématuré, mon col est ramolli et ouvert. Je suis donc hospitalisée pendant 1 semaine avec des injections, des médicaments, loin de mon mari, je pleure beaucoup, j’ai peur de perdre mon bébé, je suis seule … Quand je vois quelqu’un on me dit que je dois tout faire pour le garder encore… mais je me sens nulle, incapable, c’est de ma faute si j’en suis là… Si mon bébé arrive prématurément ce sera de ma faute… du moins c’est ce qu’on me laisse croire.
Je rentre enfin à la maison !!! On me conseille de rester bien allongée, qu’aux moindres efforts mon enfant arrivera. Je tiens le coup !!! Nous sommes aujourd’hui à 38 semaines !!! J’ai gagné mon pari de garder mon bébé le temps qu’il faut !! Je vais donc à mon dernier rendez-vous gynécologique, avec la même appréhension que les autres…Mais je sais que c’est la dernière fois !!! Je m’installe et comme à son habitude il vérifie l’état du col … mais alors aujourd’hui ce n’est pas comme les autres jours … il me fait atrocement mal, j’ai beau lui dire et essayer de me reculer comme je peux il me gronde, pire qu’une enfant en me demandant d’arrêter de faire du cinéma. Je ressors de là limite en pleurs. J’ai vraiment très mal… je serais bien plus tard qu’il m’a fait un décollement de membrane sans m’en parler. Je saurais bien plus tard que c’est cela qui aura engendré un accouchement si difficile.
J’ai des contractions qui sont insupportables, je suis chez le coiffeur et il me taquine en disant que si j’accouche chez lui il a de quoi faire ! Il arrive à me détendre un peu mais la douleur est vraiment forte ! Du soir plus rien, les douleurs ont stoppé net quand je suis rentrée. Nous regardons un film tranquillement, « l’histoire sans fin » surement prémonitoire… Puis on se couche et une envie soudaine d’aller au WC, et en me levant je sens un liquide couler, je perce la poche des eaux ! Nous arrivons à la maternité dans la joie ! Bébé va arriver. On m’installe, on contrôle le col qui c’est miraculeusement refermé alors qu’il été ouvert pendant la grossesse …je ne comprends pas, la sage-femme m’explique qu’ils ont du se tromper lors des touchers vaginaux précédents à cause de mon utérus contractile. Trois mois allongée pour une erreur de diagnostic… le choc. Aucunes contractions, on me garde la nuit, encore seule. Le lendemain matin on m’explique qu’il faut me déclencher, sans me demander mon avis, sans me laisser le choix. C’est long et je commence à bien souffrir … On me dit qu’on ne peut rien pour moi, que je dois attendre… Mon mari me soutient comme il le peut. On contrôle mon col et on le contrôle encore et encore, toutes les heures, j’ai mal, on me fait terriblement mal soit disant parce que mon col est postérieur, on m’accuse d’être douillette, je prends sur moi. Je suis dilaté à 3, on me propose la péridurale, j’accepte. Je n’en peux plus, je suis à bout de force. On m’installe en salle de naissance, on me demande de me mettre nue. Je m’applique, il y a 3 personnes inconnues dans la pièce … On me donne une blouse un peu tard, on me demande de m’installer sur la table froide et trop haute, j’y arrive seule mais difficilement entre deux contractions.
L’anesthésiste entre, je lui dis que j’ai horreur des piqûres et il me répond que lui aussi !! Il me détend, il me fait rire ! Ça fait du bien, ça m’apaise ! La sage-femme en face de moi aussi me rassure, elle m’aide à gérer les contractions, elle m’encourage pendant que l’anesthésiste pose la péri. Et là tout un coup une décharge horrible dans toute la colonne vertébrale ! Je sursaute, ce qui fait peur à l’anesthésiste qui se met à râler … Ce n’est pas normal cette décharge me dit-il … mais je n’en saurais jamais plus …
La douleur s’estompe d’un côté… mais c’est toujours ça de prit ! J’arrive enfin à me reposer ! Mon mari décide de rentrer un peu pour lui aussi se reposer. Je suis dans la pénombre, j’essaie de dormir.
Des sages-femmes entrent dans la pièce, elles sont 3. Elles regardent le monito. Parlent entre elles, je ne perçois pas tout, elles repartent. 30 minutes après les revoilà de nouveau, « Madame mettez - vous sur le côté s’il vous plait et on va vous percer la poche de seaux aussi » … oui … pourquoi je ne sais toujours pas. Elles repartent.
Puis d’un coup je vois rentrer 4 sages femmes et une autre qui se présente comme gynécologue. On m’annonce que mon bébé est en souffrance fœtale, que le travail n’avance pas, qu’il va falloir lui faire des prélèvements sanguin dans le crâne à travers mon col, pour voir si il a suffisamment d’oxygène, et qu’il faudra répéter cet examen plusieurs fois jusqu’à la naissance. Ok pas de soucis ! Je vais appeler mon mari ! « NOOON madame pas besoin » « Mais si !! j’ai besoin de lui moi ! J’ai peur ! » « Non ! On l’appellera quand ce sera nécessaire ! »
Nécessaire ??? Mais là ça l’est !! Si j’en ai besoin là maintenant c’est que c’est nécessaire !!! J’arrive à lui envoyer un sms qui dit juste « Reviens vite ». J’apprendrais ensuite qu’il été déjà sur place mais qu'on le faisait patienter dans la salle d’attente en disant que tout allait bien, que je me reposée.

La gynécologue s’installe devant moi, 5 sages-femmes peut être des étudiantes aussi sont maintenant présentent derrière elle, 2 à côté de moi. Elle sort l’aiguille de la taille de mon avant-bras, se retourne vers ses collèges et dit « Ça fait longtemps que je n’ai pas fait, vous vous souvenez comment on fait ? » OK c’est de l’humour, mais on m’annonce que mon bébé souffre et on sort des choses comme ça … pour moi c’est la panique, je n’ai personne pour me rassurer, personne à qui tenir la main, je me sens partir, et là on me met le masque à oxygène. « Ressaisissez-vous madame ! Il y a bien pire dans la vie ! » L’examen est fait ! Bébé est bien oxygéné ! OUF Mon mari rentre ! Enfin il est là ! Ça me soulage, je m’apaise de nouveau… On vient m’occulter. Je suis à 6 ! Ça avance mais pas assez vite. VITE ? Pourquoi vite ? On me dit que si dans 30 minutes je ne suis pas à dilatation complète ce sera la césarienne d’urgence : Me revoilà de nouveau paniquée … j’entends une femme hurler à côté, son bébé arrive ! Une sage-femme vient me voir, je lui demander gentiment comment va cette maman à côté ! Elle m’explique que son bébé est en siège et qu’il est engagé !
Lors de mon séjour à la maternité, on m’expliquera qu’il fallait que je me dépêche d’accoucher pour qu’ils soient disponible pour cette maman et son bébé dont l’arrivée est peu commune. D’où la menace de césarienne …
A peine 15 minutes plus tard on contrôle à nouveau, je suis à 10 !! On va y aller ! On m’installe, je me laisse guider, je ne sens plus rien, on me dispute de ne pas mettre mes jambes sur les étriers mais la péridurale m’en empêche. On m’explique de pousser à chaque contraction et comme je ne les sens pas, on me guide ! POUSSEEEEZZZZ !! Hop je m’applique, 1 fois… 2 fois … 3 fois … « Ba alors on vous a jamais appris à pousser ou quoi ???? » Je me sens nulle de chez nulle … Je ne suis même pas capable de faire naître mon fils … Et encore et encore ! On m’appuie sur le ventre,  ça me fait horriblement mal ! Elle a des bagues qui s’enfoncent dans mon ventre …
On me dit d’arrêter, qu’on va prendre les ventouses. Les VENQUOI ? Non mais c’est quoi encore ce truc … Encore une fois on me laisse sans explications … On me dit juste que il sortira plus vite parce que je ne sais pas pousser … Une poussée, la tête est là, une deuxième et le voilà sur moi … ENFIN !
On me dit qu’on va venir me recoudre. Cela fait 1h que je suis les jambes relevées …A attendre que l’interne arrive … De nouveau la pudeur n’est pas de mise … On entre, on sort comme dans un moulin … Il arrive enfin avec un étudiant. Ils se mettent face à moi. « Alors tu vois là ça va pas c’est une boucherie … donc tu fais comme ci… comme ça … » Bref … j’ai du mal à me concentrer sur mon bébé … Je lui dis que j’ai mal … (Pour mon deuxième je n’ai pas eu de péri par choix.) « Ha ba oui madame pas de péri c’est ça ! » On m’avait fait une piqûre avant mais bien sur,  vu le temps qu’il a mis à arriver …. Je lui dis à plusieurs reprises qu’il me fait très mal mais qu’importe … J’aurais finalement mal pendant 2 mois avant que ma sage-femme enlève un point qui été tendu … Aujourd’hui 2 ans après la cicatrice me fait encore mal, c’est très mal fait … ma sage-femme m’a expliqué que ce sera mieux refait au 3 ème accouchement … ou bien il faut faire de la chirurgie … Que du bonheur …

Aujourd’hui je ne veux plus revivre toutes ses intrusions, tous ses gestes ou ses paroles rabaissant qui te font perdre confiance en ta capacité à donner naissance. Aujourd’hui je dis stop à cette forme de maltraitance ! Aujourd’hui je dis que j’en ai marre que les femmes accouchent à la chaîne, et que cela ne gêne personne que ça finisse en boucherie. Que ce corps n’est pas qu’un numéro de sécu. Mais que ce corps est vivant, et qu’il mérite du respect.



Merci à Charlotte pour le partage de son témoignage que vous pouvez retrouver sur son blog La joyeuse compagnie !

Lauriane

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